24 mars 2009

Influence internationale

Le milieu des années soixante à Hollywood marque la passation de pouvoir entre deux générations de cinéastes. Les studios ont de moins en moins d'influences, et les films qui remporteront de grands succès publics ne seront plus ceux que l'on attendait. Les grands réalisateurs que sont John Ford, Howard Hawks, Billy Wilder, Alfred Hitchcock, George Cukor vont être confrontés à une nouvelle génération de jeunes effrontés qui vont venir bousculer le cinéma. Déjà en Europe, un virage similaire a été effectué.

La Nouvelle Vague

française a donné un grand coup de pied aux conventions cinématographiques établies. Les Godard, Truffaut, Chabrol, Malle offrent au monde une nouvelle vision plus réaliste et une manière de tourner plus accessibles aux jeunes talents. C'est le règne de la caméra stylo, de l'improvisation, de la prise de son en direct, du nouveau montage. De l'autre coté de l'Atlantique de nombreux étudiants d'écoles de cinéma vont être captivés pas cette nouvelle liberté. Il faut aussi ajouter que ces années marquent également l'avènement de l'ère moderne de la télévision. Les studios cèdent leur collection de films, et on va pouvoir découvrir les grands classiques d'Hollywood sur le petit écran.
Martin Scorsese, Georges Lucas, Brian de Palma, Steven Spielberg, Francis Coppola sont tous étudiants dans les années soixante. Ils ont en commun de connaître par cœur l'histoire du cinéma. Jamais rassasiés, ils courent de cinéma en cinémathèque à la découverte de la moindre perle. Leurs carrières respectives vont les amener à se croiser, à travailler avec les mêmes acteurs (par ailleurs nouveaux eux aussi), s'entraider, et toujours faire progresser le cinéma tout en gardant intactes leurs racines.

La Nouvelle Vague

a également influencé d'autres pays européens et certains pays d'Asie comme le Japon ou Hong Kong.

Beaucoup de réalisateurs contemporains comme Quentin Tarantino ou Wong Kar Wai revendiquent aussi l'influence de

la Nouvelle Vague.

Quentin Tarantino a nommé sa maison de production "Band Apart", un jeu de mots sur le titre du film de Godard, Bande à part. En 1994, il réalise Pulp Fiction (1994), une œuvre qui rend hommage à ses réalisateurs préférés dont Martin Scorsese et Jean-Luc Godard. Plusieurs scènes du film ainsi que sa déconstruction temporelle et narrative renvoient à la nouvelle vague. L'actrice principale (Uma Thurman) ressemble en tous points à Anna Karina, une actrice fétiche de Godard (et son ex-épouse d'ailleurs). 

Le cinéma québécois s'inspire aussi très librement de le nouvelle vague, phénomène qui souligne l'explosion récente de cette cinématographie à l'échelle internationale.  Des films comme Deux secondes (Briand, 1998), Le Cœur au poing (Binamé, 1997), Un 32 août sur terre (Villeneuve, 1998) et Emporte moi (Pool, 1999) adoptent une technique inspirée de la nouvelle vague dans l'exploration d'un cinéma d'auteur d'ici.

Spielberg et Scorsese

Truffaut et Godard ont eu une influence considérable sur le cinéma depuis les années 60. Cronenberg et Spielberg se réclament directement du premier, Tarantino et Soderbergh du second.

    Scorsese évoque sa cinéphilie et sa passion pour le cinéma. Il évoque aussi surtout l’influence du cinéma européen, du cinéma français d’abord avec Truffaut, Rivette, Godard, Chabrol, mais aussi l’influence du cinéma italien avec Fellini, Antonioni, Bertolucci et enfin du cinéma américain avec Cassavetes. Il cite également Bergman. Il cite quelques films français de

la Nouvelle Vague

: Jules et Jim, Tirez sur le pianiste, Vivre sa vie, Le Mépris. Il cite Truffaut : « Un film c’est comme un train qui vous rattrape ».

Spielberg avait proposé le rôle du savant français Lacombe à Lino Ventura et à Jean-Louis Trintignant  avant que François Truffaut n'accepte de le tenir.  Steven Spielberg considérait et considère toujours François Truffaut comme son modèle et voulait absolument le faire tourner dans un de ses filmes. Cependant Truffaut parlait très mal anglais, Spielberg a donc accepté que Truffaut ne parle que français dans la version originale.

Nouvelle “Nouvelle Vague”

Au début des années quatre-vingt-dix, une nouvelle génération de cinéastes français est apparue: Christian Vincent, Eric Rochant, Manuel Poitier, Pierre Salvadori, Letitia Masson, Arnaud Desplechin, Noémie Lvovsky, Mathieu Kassovit, Bruno Podalydès, Erick Zonca, François Ozon...

On a eu souvent tendance à voir là l´émergence d´une “Nouvelle Nouvelle Vague”?  Mais cette appellation est-elle justifiée? Se pose alors une question essentielle: en quoi les propositions de cinéma avancées par

la Nouvelle Vague

sont- elles- ou non- toujours pertinentes aujourd´hui, que ce soit au niveau esthétique, moral ou économique ?

Ø     La prise de pouvoir des jeunes

Depuis le début des années quatre-vingt-dix, les premiers films représentent plus d´1/3 de la production nationale (contre ¼ dans années 1980). Quand au culte du premier film, il n´y a jamais été aussi vivace, comme en témoigne la manière dont les média s´emparent des nouveaux venus pour en faire d´emblée des « révélations ».

       Néanmoins, il existe des différences avec

la Nouvelle Vague

: Les « jeunes cinéastes » d´aujourd´hui ont souvent une bonne trentaine : Pascale Ferran, Erick Zonca, Arnaud Desplechin.

Ø     Conscience de l´économie réduite

Cette conscience de l´économie réduite est toujours d´actualité.

Plus généralement, toute la génération de cinéastes issue du court métrage a cette conscience de l´argent parce qu´elle a connu des tournages dans une économie drastique.

Comme les cinéastes de

la Nouvelle Vague

, les jeunes cinéastes d´aujourd´hui entretiennent des liens forts avec leurs producteurs.

Ø     Nouveaux corps

Le jeune cinéma français d´aujourd´hui partage l´idée imposée par

la Nouvelle Vague

que le cinéma nouveau passe pas des corps nouveaux. Le cinéma français des années quatre-vingt-dix, c´est aussi de nouveaux visages bien souvent associés à des cinéastes.

Cf. la " bande à Desplechin " (Emmanuelle Devos, Mathieu Amalric, Emmanuel Salinger, Denis Poalydès…), Laetitia Masson et Sandrine Kiberlain, Valéria Bruni Tedeschi et Noémie Lvovsky, Sergi Lopez et Manuel Poirier…

Ø     L´amateurisme

Aujourd´hui, on nombre de cinéastes sont formés dans les écoles comme l´Idhec puis son successeur

la Femis. Mais

la notion d´amateurisme est néanmoins toujours vivace. Elle passe par l´exploitation de supports moins professionnels. En revendiquant l´amateurisme,

la Nouvelle Vague

a posé des jalons toujours modernes même s´ils amènent à des résolutions différentes.

Ø     L´autobiographie et l´ intime dans les filmes

Dans Comment je me suis disputé, Arnaud Desplechin élève le « petit film français intimiste » au rang de genre. Il s´agit d´un geste de reconnaissance à part entière des postulats de

la Nouvelle Vague.

   D´où la vague des films en costumes : Saint-Cry de Patricia Mazuy, Les Destinées sentimentales d´Olivier Assayas, Esther Hahn d´Arnaud Desplechin.

   D´où les fils qui revendiques un retour au social et à l´engagement : En avoir ou pas et À vendre de Laetitia Masson, Jeanne et le Garçon formidable d´Olivier Ducastel,

La Vie

rêvée des anges d´Erick Zonca...

Ø     Le scénario

On a beaucoup reproché à

la Nouvelle Vague

d´avoir tué un certain savoir-faire : raconter des histoires. Contrairement au cinéma américain, le cinéma français, dans une tradition Nouvelle Vague, méprisait le scénario.

    Vrai et pas vrai : le jeune cinéma français est soucieux de raconter des histoires, de bâtir des intrigues. En même temps, il faut reconnaître que se libérer du scénario est ce qu le cinéma français fait de plus beau.

Ø     Le cinéma d´auteur

La grand apport de

la Nouvelle Vague

est la politique des auteur : un cinéaste fait une oeuvre au même titre qu´un écrivain. Cette revendication dessert beaucoup de jeunes cinéastes aujourd´hui en faisant peser sur eux le poids d´une identité d´auteur. EN même temps, la politique des auteurs est la seule manière de vraiment envisager le cinéma sans tomber dans la consommation hâtive.

Ø     La liberté

Le point commun de

la Nouvelle Vague

revendiqué par Truffaut est aujourd´hui de plus en plus difficile à tenir du fait du poids des télévisions, du rétrécissement du public, de la concentration des entrées sur quelques films.

Mais c´est peut-être dans ce contexte que le concept de liberté revendiqué par

la Nouvelle Vague

est aujourd´hui plus nécessaire et plus moderne que jamais !

L´esprit de liberté et la politique des auteurs sont des armes primordiales contre la pratique de simple consommation des films. Ce sont surtout les marginaux de

la Nouvelle Vague

qui sont revendiqués comme modèles par les jeunes cinéastes : non pas Godard mais Resnais, Demy ou Pialat.

Cette attitude est révélatrice d´un moment historique : après la douloureuse question de la continuation de l´héritage et du poids historique de

la Nouvelle Vague

, il s´agit de   « s´arranger avec ses pères » : on peut exister sans mimer ou au contraire rejeter

la Nouvelle Vague.

Le rapport est plus serein.

Posté par fran7 à 11:26 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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